Les souverainistes peuvent-ils mieux médiatiser leur message ?
Mardi, 26 Janvier 2010 12:56
Le mur : les médias de masse
Les mouvements de convergence amorcés à la fin du 20e siècle ont laissé sur le territoire québécois deux grands groupes de médias privés et un grand diffuseur public. Pour diverses raisons, ces médias ne semblent pas desservir la cause souverainiste avec autant de ferveur que le statu quo ou le fédéralisme renouvelé1.
Orphelin d'appuis fermes du côté des médias privés et n'ayant pas à sa disposition un diffuseur public de l'envergure de Radio-Canada, le mouvement souverainiste se retrouve quelquefois en perte de contrôle du débat public face au camp fédéraliste2.
« Quand la plupart de ces décideurs ont le même point de vue sur une question politique fondamentale, la propagande envahit tout. Et on ne peut rien y faire. »
La brèche : le glissement de l'information vers Internet
Le paysage médiatique québécois, bien qu'il soit encore dominé par Power Corp., Québécor et la SRC3, subit depuis le tournant du siècle une modification en profondeur4. La nouvelle et le débat public se déplacent graduellement vers l'Internet. Ce « glissement » des auditoires vers Internet est si important que la rentabilité de plusieurs médias traditionnels est compromise.
Pour un mouvement dont la force réside dans le militantisme plutôt que dans le capital financier, des termes comme « médias citoyens », « réseaux sociaux », « blogueurs militants », « forums de discussion » et « démocratisation de l'information » auraient pu résonner très fort. Avec le temps, ils auraient même pu signifier un certain rééquilibre des forces souverainistes face aux médias de masse fédéralistes. Pourtant, on ne sent pas que les souverainistes se soient emparés de cet outil beaucoup mieux que leurs opposants.
Un frein : le cloisonnement des souverainistes sur le web
Un site web qui attire 500 visiteurs par jour peut difficilement influencer le débat public. Par contre, 400 sites qui attirent 500 visiteurs par jour égalent le tirage de La Presse5.
Combien de sites web se définissent d'abord et avant tout comme des sites indépendantistes? Près de 400.
- circonscriptions provinciales et fédérales (+200 sites)
- les organismes militants (SSJB, MMF etc.) (+75 sites)
- les médias et les blogueurs souverainistes (+150 sites)
Les militants souverainistes ont construit plus de 400 sites web ces dernières années. On gagnerait à considérer ce groupe de sites comme un tout pouvant augmenter son impact médiatique s'il fonctionnait en synergie plutôt qu'en îlots comme c'est le cas présentement.
En voici 3 exemples :
1. Le 16 novembre 2009, la Société Saint-Baptiste et le Mouvement Montréal Français invitent le PQ, la FTQ, la CSN, Impératif Français, la CSQ, le Conseil de la Souveraineté, le SPQ libre, le RRQ, le RPS et l'Action Nationale à s'adresser à plus de 500 personnes pour les sensibiliser au danger de l'invalidation de la loi 104. De la douzaine d'organismes venus nous expliquer combien l'heure est grave pour le français, seulement 2 ont parlé de l'événement sur leur site web le lendemain. 2 sur 12.
2. Le 23 novembre 2009, suite à son colloque sur le développement culturel, le Parti Québécois rédige des comptes rendus et produit des vidéos qu'il diffuse sur son site. Des 20 circonscriptions visitées au hasard dans les jours qui suivirent, seulement la circonscription d'Argenteuil mentionne la tenue de ce colloque. 1 sur 206.
3.En août 2009, un article mentionne le fâcheux état des sites des bloquistes :
- 16 députés n'auraient pas de site web
- La mise à jour de près de 50 % des sites date de la dernière campagne électorale
- Seulement 3 députés incluent dans leurs sites des outils de partage 2.0
- Seulement 5 sites incluent des fils RSS
- 2 sites sur 30 permettent l'inscription à une infolettre
- Les options les plus populaires sont les albums photo suivis de la vidéo
- Il y a plus de sites qui incluent des photos que de sites mis à jour régulièrement
- Seulement 2 députés sont sur Twitter
Source: Les politiciens du Bloc Québécois en mode web 1.0, Marketing Politique 2.0
Les comtés, les groupes souverainistes, les médias et les blogueurs souverainistes opèrent en vase clos. Ils se privent de visibilité gratuite pour leurs événements et leurs contenus et passent, par conséquent, souvent sous les radars des moteurs de recherche1.Face à leurs propres nouvelles et aux événements qu'ils organisent, les souverainistes adoptent le même comportement qu'ils reprochent aux médias de masse: ils n'en parlent pas ou peu.
Cette situation est extrêmement dommageable pour le
mouvement souverainiste et le poids médiatique de la cause qu'il défend s'en voit affaibli. Notre défi est de comprendre pourquoi cette synergie fait défaut et d'examiner des pistes de solution.
Le défi : travailler ensemble
Si sur la page d'accueil d'un organisme comme le Conseil de la Souveraineté on trouve une invitation à un événement qui a déjà eu lieu plutôt qu'à une activité de la Société Saint-Jean Baptiste ayant lieu dans quelques jours, que faut-il conclure?1.la situation est probablement bien involontaire
2.le Conseil de la Souveraineté n'a pas les ressources humaines suffisantes pour mettre à jour son site
3.le Conseil de la Souveraineté ne sait peut être pas que la SSBJ organise une activité
4.les deux organismes n'ont pas d'outils permettant de facilement partager des contenus ou des liens
Toutes ces réponses sont probablement valables. Les sites du Conseil de la Souveraineté et de la SSBJ ne représentent pas une exception. Le manque de ressources humaines et d'outils appropriés est une situation vécue par la vaste majorité du mouvement souverainiste. La plupart des efforts de communication sont soutenus par des bénévoles, mais qui soutient ces bénévoles?
Se concevoir comme une communauté
Comment peut-on compétitionner avec les médias? Comment une communauté peut-elle influencer le débat public sur des questions d'actualité qui la touchent? Comment un parti politique peut-il réussir à faire passer son point de vue dans la population sans dépendre du relais des médias de masse? Est-ce même possible?
Aucune organisation souverainiste n'atteindra l'impact d'un média de masse, peu importe l'énergie investie dans son site web et dans ses activités sur les réseaux sociaux. Ce type d'impact n'est accessible qu'aux communautés organisées, souvent composées de dizaines d'organisations et de milliers de partisans. Donc, plus le mouvement souverainiste se concevra et agira comme une communauté, plus ses communications auront un impact.
Un exemple concret
Le 28 septembre 2009, suite à la mort de Pierre Falardeau, Alain Dubuc titre dans La Presse « Le dernier des felquistes ». L'article traite du caractère dépassé de la bataille de l'indépendance jugeant qu'elle incarnerait un « idéal oublié ». Chez les IPSO (Intellectuels pour la souveraineté), on juge inacceptables les propos de Dubuc et on y répond par un texte collectif8.
Cette situation est typique au Québec. À la base, un fait d'actualité politique (la mort de Falardeau) puis les prises de position diamétralement opposées des souverainistes et des fédéralistes. Alain Dubuc bénéficia du fort titrage de La Presse pour faire valoir son opinion. Qu'en est-il des IPSO? Moins de 20 sites web feront référence à cet article.
Pourtant, si seulement 3 sites souverainistes sur 4 avaient fait un lien vers l'article des IPSO, la mémoire de Falardeau aurait été défendue par près de 300 sites d'organisations souverainistes.
Combien de fois, sur un sujet de l'actualité, le point de vue fédéraliste bénéficie-t-il d'une plus grande couverture médiatique? Combien de fois une cause chère aux souverainistes et d'intérêt pour les francophones, comme l'invalidation de la loi 104, meure-t-elle dans les médias?
Des exemples illustrant comment la communauté souverainiste pourrait faire contrepoids aux médias de masse naissent dans l'actualité presque tous les jours.
Notes:
- « Les médias ont toujours été le talon d'Achille du mouvement souverainiste alors que les forces fédéralistes contrôlent la presque totalité de la presse écrite et électronique. » Mémorandum pour la suite de l'histoire, Action Nationale, 1996
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Politique et Nouveaux Médias - Les souverainistes peuvent-ils mieux médiatiser leur message ? | Souveraineté 2.0 « Son intervention dans notre débat est massive, les budgets illimités, les scrupules inexistants. », Jacques Parizeau, 1995. (sur la stratégie du gouvernement fédéral)
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En 2009, TVA (Québécor) détenait 31,3 % des parts de marché, Radio-Canada et RDI 19,7 %, cyberpresse.ca
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En 2008, Internet représente la principale source d'information sur les actualités pour 13,3% des adultes québécois et en 2009 plus de sept adultes québécois sur dix (73,7 %) utilisaient Internet régulièrement. NETendances, Cefrio
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La Presse a un tirage de 203 500 exemplaires en semaine, La presse quotidienne, Centre d'études sur les médias, Université Laval
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Les données ont été recueillies du 25 au 28 novembre 2009 en se basant sur une liste de circonscriptions élues (http://pq.org/les-deputes/sur-toile/ ) et par la recherche de mots clés pour les circonscriptions sans élus.
- Selon une des organisations les plus réputées en référencement web, les liens provenant des autres sites web représentent l'un des 5 facteurs déterminants dans la position obtenue dans les moteurs de recherche. Seomoz.org
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Politique et Nouveaux Médias - Les souverainistes peuvent-ils mieux médiatiser leur message ? | Souveraineté 2.0 La liberté d'un peuple est loin d'être une idée dépassée!, Les IPSO, octobre 2009
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